23.04.2008

Quand la Défense boit la tasse…

 

Momo, comprenez le Hervé Morin, annonçait nonchalamment il y a quelques jours que le second porte-avions (pas deuxième, seulement second, merde !) ne verrait probablement pas le jour pour cause d’économies budgétaires.

Cela devient proprement grotesque. Certes nos chers alliés américains disposent d’une flotte pléthorique et pourront très bien assurer la projection pendant que nous nettoierons les casemates  mais c’est faire long feu de deux évidences que momo oublie bien vite.

Tout d’abord la France s’est déjà engagé dans le déploiement d’une force de projection avec le Charles de Gaulle, actuellement en phase d’entretien et donc indisponible, ensuite et surtout, la France est, ô surprise, une puissance maritime avec  une présence qui va de Clipperton à la Guadeloupe et Saint-Pierre et Miquelon, en passant par  les Kerguelen, la Réunion etc.

Le domaine maritime contrôlé légalement par la France est de 10,5 millions de km2, soit le deuxième en taille après celui des U.S.A. qui est de 11,5 millions de km2. On peut discuter sur cette comparaison en fonction de la « qualité » de ces mers sous notre contrôle, mais je ne suis pas sûr que ce soit totalement à notre désavantage (nous avons des espaces maritimes répartis sur le globe de manière diverse et souvent près de routes maritimes classiques ou en devenir)

Lisez l’océan globalisé de Hervé COUTEAU-BÉGARIE (Economica) et vous comprendrez mieux les enjeux et l’intérêt que nous devons porter à « nos mers ».

En tout cas, je me réjouis de constater que même les plus purs atlantistes veulent –certes pour des raisons différentes des « miennes »- qu’on arrête de dépouiller l’armée et de brader notre Défense.

Écoutez P. Lellouche ce matin sur RTL chez J.-M. Apathie et vous apprécierez sans doute cet allié « objectif » et conjoncturel. Il est temps que nous reprenions conscience des réalités de ce monde et de notre place, certes de second rang mais de rang tout de même !

http://www.rtl.fr/info/chroniques/chroniquesint.asp?dicid=651967&rubid=17311

 

17.04.2008

Un suicide français

Mais jusqu'où veut-on nous faire descendre ?

Cela a commencé par la nomination d'un second couteau (second...quoique...même second c'est trop), le déclassement du ministère (du 5ième au 10ième rang – modulo la personnalité du ministre) puis vint la remise en cause du budget pourtant "sanctuarisé" par le Parlement et le Gouvernement précédent, les R.G.P.P. (révision générale des politiques publiques) pouvaient rentrer en action et on sentit la gorge des militaires se nouer du côté du Bourget.

La Défense n’est ni la Santé, ni l’Éducation Nationale, alors dans cette France maternelle pas de risque que les français protestent contre une remise en cause des dépenses militaires. Le Ministère de la Défense, comme les M.E.I.E  et  M.B.C.P.F.P., est bon à tondre.

L’argument vaut, l’argument porte, il faut faire des économies et réorganiser la Défense.

Pas de doute, nous tombons tous d’accord avec cet argument massue… Petite digression, la réforme n’est pas  réorganisation. On réforme un cheval, on réorganise une structure. Ce mot tant chéri de nos « élites » (il faudrait étudier dans quel ordre d’ « éminence » nous nous trouvons ici), qui au passage crache sur le terme révolution –et pourtant elle tourne !-, n’est pas si « positif » qu’on veut bien nous dire.

Bref, faisons des économies et pour cela évaluons nos besoins ; ça commence mal, on évalue les bilans –comptables bien sûr.

Jusque là tout va bien ; le camp de Jaulges n’est peut-être pas nécessaire à notre armée, le groupe géographique également.  C’est à étudier et à trancher.

Sauf que, l’histoire n’est pas celle là, tout juste est-ce de la poudre qu’on jette dans nos yeux.

Premier acte, ratification en silence du traité de Lisbonne, avec comme conséquence une politique européenne de sécurité et de défense qui continuera à se construire en adéquation avec l’O.T.A.N…comprenez avec les U.S.A. (pays ami certes, mais autre-pensez à l’altérité-  tout de même).

C’est subtil mais c’est présent dans le protocole n°4. Ce traité est subtil ; à savoir.

On lit d’ailleurs ici que :

« Les nouvelles dispositions du traité de Lisbonne n’ont donc pas vocation à faire de la PSDC une alliance militaire alternative à l’Alliance atlantique, mais plutôt à organiser une complémentarité, dans le respect des spécificités et des engagements de chacun. Elles ouvrent également des perspectives pour l’avenir de la défense européenne, en cohérence avec l’évolution du contexte stratégique depuis la fin de la guerre froide. »

C’est méconnaître l’intelligence (dans tous les sens du terme) américaine, ou se foutre de nous.

Premier prix à payer pour ce genre d’alinéa inutile (que fait ce genre de « détails » dans un mini traité réglant le fonctionnement « interne » d’une union à 27 trop large pour fonctionner avec Nice…risible), des projets industriels d’importance devront continuer à pâtir de la politique européenne. Galileo (G.P.S. européen) en souffrance, aura du mal à accéder aux juteux marchés militaires car ni les États-Unis (pour cause), ni les Anglais (« partenaires » du projet et spécialistes en coulage d’Europe) ne veulent céder sur ce point (cf. ici par exemple(1)).

Ici une digression s’impose, mais elle ne nous éloignera pas vraiment de notre histoire.

Le Rafale doit être vendu dans les années à venir sinon sa commercialisation risque d’être un fiasco. Un acheteur insiste, fait des pieds et des mains. Les élections présidentielles arrivent et le gouvernement en place, un peu lâche il est vrai, laisse la décision à son successeur.

Un Président arrive, « jeune », dynamique, aimant décider et  vite. Étrange incurie (indifférence, manque de soin), il laisse courir et décide tardivement, très tardivement. Au point que le marché passe aux américains (cf. les échos qu’on peut lire ici).

Il y a sans doute plus que de la bêtise dans cette affaire (si ce n’est que ça, il faut donc que nos chers élus se démettent) ; Nos gouvernants rattraperont-ils leur bévue ? C’est à espérer.

Car l’obtention –provisoire- d’un juteux marché pour E.A.D.S. aux États-Unis ne remplacera pas la vente des Rafales. D’abord parce que ce contrat est en fait obtenu par E.A.D.S. joint à Northrop-Grumman ne sera pas plus européen que je suis évêque (cf. cet article p.ex.), ensuite parce que cela ne permettra en aucun cas de sauver un des fleurons de la technologie française.

Si le Rafale n’est pas vendu, il n’y aura plus de programme d’avion de chasse en France et quand on voit ce qu’a pu être le programme européen  d’eurofighter on sait comment cela se terminera. Les U.S.A. concevront les avions (aux normes O.T.A.N.) et nous les vendront. Bien joué.

En fait dans cette histoire, on voit en filigrane E.A.D.S., Lagardère, Union européenne et les groupes américains de l’aéronautique (les américains sont doués pour le lobbying car ils le pratiquent depuis longtemps, or Bruxelles fonctionne au lobbying).

Deuxième acte  de l’opération « restore none », donner des gages aux États-Unis de notre bonne volonté…ou quand même les caisses vides on peut gaspiller !

·         Ce sera une base en face de l’IRAN à Abu Dhabi, payée par les émirats nous rassure-t-on, dans la droite ligne des accords de 1995 nous dit-on encore. Sauf que depuis 95 aucune base n’a été déployée, sauf que même payée par les émirats cela pose problème.

D’abord les 500 militaires qui seront là-bas, ne nous seront d’aucune utilité, car cette région est hors de nos capacités de contrôle (je rappelle les 150 000 soldats américains en Irak).

Ensuite si ce sont effectivement les émiratis qui paient, nous devront faire plus que composer avec eux. Nos soldats seraient-ils devenus des mercenaires ?

Enfin, en cas d’opération (souhaitée par les pires zélotes, sous-entendue par les ânes à la Kouchner) en Iran nos troupes seront de fait engagées et nous n’auront plus de choix. Là, nous devront payer, mais c’est annexe, ce qui compte c’est que nous perdons notre liberté de choix stratégique.

·       De l’argent nous en avons encore, pour envoyer  1000 soldats en Afghanistan (pays hautement incontrôlable –demandez aux russes entre autres) alors que le  Général Georgelin affirme que cela ne sert à rien et qu’il vaudrait mieux construire des routes et des écoles (j’avoue ne pas être sûr qu’il ait raison – en fait, c’est une cause qui dépasse nos moyens d’actions ; les hommes ne sont pas que de la matière en acte, ils ont un esprit inné ou acquis mais bien présent). L’Afghanistan est un bourbier, point à la ligne.

Ce deuxième acte éclaire le premier…on repense la défense française en fonction des désirs de l’O.T.A.N… Tout au plus fait on plaisir aux États-Unis, car objectivement nous ne leur servons pas à grand-chose, juste de caution.

Troisième acte : retour au sein de l’O.T.A.N.

On nous dit que ce n’est rien que c’est presque déjà le cas. C’est le même presque que celui qui dit 15 € c’est si peu, alors puisqu’on ne va pas augmenter la somme remboursée (vous aurez reconnu les lunettes), on va la supprimer, ce sera presque comme avant…sauf que non, ce n’est pas pareil.

Être en dehors de l’O.T.A.N. (de sa structure intégrée) c’est pouvoir dire OUI et rejoindre les opérations communes (ce que nous faisons la plupart du temps ; et je rappelle également que nous pratiquons des manœuvres d’entraînement commune et de la convergence matérielle sans avoir besoin de nous lier les mains) et dire NON les rares fois où cela ne nous convient pas (guerre en Irak typiquement).

Certains luttent encore mais la bête est coriace

L’affaire est dans le sac en trois actes. C’est bien la France et sa « maladie » de l’indépendance que nos catastrophistes européophiles (pas vraiment en fait car l’Union européenne n’a pas grand-chose d’européen et c’est trahir le doux nom d’Europe que de laisser ces félons le galvauder…mais bon, sacrifions à l’usage et aux « noms officiels »). Et pour ça liquidons l’indépendance militaire, liquidons la Défense.

La France –dans leur discours- est une puissance mineure et en crise (on sent poindre le pétainiste tout comme dans la décentralisation on sent l’amour déraisonné du féodalisme maurrassien), alors il faut abandonner toute velléité d’indépendance et de puissance, se soumettre et se contenter de bien servir en espérant pouvoir profiter (en bons parasites que nous serions devenus) du joug « offert » par d’autres (Allemagne hier, U.E.-U.S.A. aujourd’hui…et demain, à voir).

Tout n’était que façade dans les premiers élans de notre Président, et Le louche –comprenez Pierre Lellouch, que tout le monde croît perdant (et c’est vrai en terme de postes) mais qui en fait obtient satisfaction sur toute la ligne en matière de politique étrangère- ne se tapissait pas si loin que ça dans l’ombre de ces élans verbaux prétendument gaullistes.

 

On pourrait en rire, il faudrait en rire, mais c’est triste à pleurer.

 

 

(1) – c’est amusant de voir combien les chantres de l’U.E. sont myopes face à ses dérives ; celle-ci est une idéologie, presque une religion et même lorsque ses prêtres voient leur raison bafouée par les décisions de l’U.E. ils n’arrivent pas à la déjuger.

 

Quelques liens contenus dans ce billet :

http://www.marianne2.fr/OTAN-l-erreur-de-Bayrou,-l-audace...

http://blogs.lexpress.fr/attali/2007/03/sauvez_galileo.html

www.lesechos.fr/info/aero/4637776.htm

http://www.yawatani.com/Echec-du-Rafale-au-Maroc-un-gachi...